Le 2 janvier dernier, la danseuse étoile Marianela Núñez recevait à Cuba le Prix Josefina Méndez, un hommage rare réservé aux figures majeures de la danse mondiale. Marianela Núñez, étoile emblématique du Royal Ballet de Londres, a reçu le Prix International Honorifique de Danse Josefina Méndez. Ce prix, institué en 2008 par la Unión Nacional de Escritores y Artistas de Cuba (UNEAC) pour distinguer les figures majeures de la danse mondiale, récompense une carrière exceptionnelle et une influence durable sur l’art chorégraphique. Il a été créée à l’honneur de la grande ballerine cubaine Josefina Méndez, l’une des figures emblématiques du ballet classique du XXᵉ siècle et membre des « Quatre joyaux du Ballet National de Cuba ».
Alors que beaucoup de danseurs classiques raccrochent leurs pointes bien avant, à 43 ans, Núñez est saluée comme « peut-être la plus extraordinaire ballerine de notre époque ». Ce qui frappe d’emblée dans cette distinction, c’est ce qu’elle symbolise : la longévité artistique dans un art qui célèbre souvent la jeunesse et l’immédiateté. Dans l’histoire du ballet, rares sont celles qui ont su imposer une présence aussi forte sur scène pendant plus de deux décennies, tout en renouvelant sans cesse leurs interprétations.
Un parcours formé au feu des exigences du corps
Née le 23 mars 1982 à Buenos Aires, Marianela Núñez commence la danse à trois ans. Elle intègre très tôt l’Instituto Superior de Arte du Teatro Colón, l’une des institutions les plus prestigieuses d’Amérique du Sud, à l’âge de 6 ans. À 14 ans, elle est déjà repérée pour des tournées internationales, signe précoce de son talent. En 1997, elle rejoint la Royal Ballet School à Londres, puis la compagnie du Royal Ballet l’année suivante, où elle gravit rapidement les échelons : première soliste en 2000 et nommée Principal Dancer (équivalent de danseuse étoile) en 2002 à seulement 20 ans.
Depuis, elle incarne les rôles les plus prestigieux du répertoire classique et contemporain de Kitri dans Don Quichotte à Odette/Odile dans Le Lac des Cygnes, en passant par Juliette, Giselle ou encore des créations contemporaines comme Infra ou Human Seasons.
Un palmarès d’excellence et de reconnaissance internationale
La carrière de Marianela Núñez est jalonnée de distinctions prestigieuses : plusieurs fois élue Meilleure danseuse par les Critics’ Circle National Dance Awards (2005, 2012, 2018, 2022), récompensée par le Konex de Platino en Argentine, ou encore par le Laurence Olivier Award pour « Outstanding Achievement in Dance » en 2013. En 2025, elle reçoit également la distinction de Officer of the Order of the British Empire (OBE) de la part du roi Charles III pour ses services à la danse, une reconnaissance rare pour une ballerine vivante et encore active.
Danser au-delà des normes : un corps qui raconte
Ce qui rend l’histoire de Núñez fascinante pour les danseurs d’aujourd’hui, c’est sa relation au temps et au corps. La danse classique exige une discipline extrême, et pourtant elle a su mener son corps au-delà des limites habituelles de carrière, en continuant de danser des rôles physiquement exigeants bien après ce que la norme aurait pu suggérer. C’est cette persévérance qui éclaire d’une autre manière l’actualité du monde chorégraphique : lorsque beaucoup de formes de danse contemporaine ou urbaine valorisent la spontanéité ou l’instantanéité. Núñez incarne la puissance d’un art construit dans la durée, la répétition et la maîtrise du geste.
Lors d‘une interview qu‘elle avait accordé au journal The Guardian, le 19 janvier 2020, elle avait déclaré :
« Je pense sincèrement que les ballerines deviennent plus intéressantes avec l’âge. Quand on les regarde, ce n’est plus seulement un corps qui exécute des prouesses techniques, c’est quelque chose qui se lit dans le regard, dans la façon de bouger les mains. Il y a une profondeur immense. C’est ce que je veux atteindre et continuer à explorer. »
La distinction obtenue à Cuba n’est pas une fin de parcours, mais plutôt une mise en lumière d’une carrière qui poursuit encore sa route. Dans un monde où la danse se décline en enjeux multiples, réseaux sociaux, spectacles hybrides, crossover des disciplines, Marianela Núñez montre autre chose : un corps qui s’inscrit dans le temps, qui accumule l’expérience et continue de raconter des histoires.
Pour les nouvelles générations, du ballet aux danses plus urbaines, elle prouve que danser n’est pas une course contre l’âge, mais une façon d’évoluer avec lui.

