Chaque année, dès le 1er janvier, les studios se remplissent, les danseurs reviennent chargés de bonnes résolutions et les chorégraphes relancent les projets. On pense souvent que cette effervescence est propre à notre époque moderne, portée par les réseaux sociaux et l’envie de « commencer l’année du bon pied ». Pourtant, cette énergie existe depuis bien plus longtemps qu’on ne le croit.
Au Moyen Âge déjà, le passage à la nouvelle année déclenchait une longue période de fêtes. Les réjouissances ne se limitaient pas au réveillon : elles s’étendaient jusqu’à l’Épiphanie, créant une quinzaine de jours de repas, de rassemblements et surtout… de danse. Les villages formaient de grandes rondes sur les places, les familles dansaient dans les maisons, et les nobles organisaient des bals aux allures de marathon. La danse était omniprésente, presque nécessaire pour ouvrir symboliquement l’année. Et c’est précisément cette omniprésence qui n’a pas plu à tout le monde. L’Église, influente et soucieuse de contrôler la vie sociale, a tenté pendant plusieurs siècles de restreindre ces festivités jugées « excessives ». Les archives médiévales regorgent de sermons réprimandant les fidèles pour leurs danses trop joyeuses, trop longues, trop proches, trop libres. Les prêtres dénonçaient ces rondes comme « dissolues », parfois « païennes » et affirmaient qu’elles détournaient les esprits de la spiritualité.
Mais, fait amusant : plus les autorités tentaient de limiter ces célébrations, plus les gens dansaient. Les interdictions se renouvelaient, changeaient de forme, mais rien n’y faisait. Les villages continuaient, les bals aussi. C’est presque un réflexe humain : interdire un mouvement, c’est lui donner deux fois plus de force. Les grandes danses de janvier sont donc devenues, au fil du temps, une forme de tradition… et une petite forme de résistance joyeuse. Si cette détermination était si forte, c’est parce que la danse du Nouvel An portait un sens particulier. Elle représentait un rituel de renouveau : commencer l’année en mouvement, c’était l’assurance symbolique d’une période prospère et dynamique. Les rondes évoquaient l’unité, les pas sautés étaient associés à la chance, et le simple fait de se déplacer en rythme était perçu comme une manière d’avancer dans sa propre vie. Chasser l’immobilité de l’hiver pour accueillir un nouveau cycle.
Janvier, malgré son froid et sa longueur, reste un mois vibrant. Un mois où, de la tradition médiévale aux studios modernes, les corps décident ensemble de remettre l’année en marche.

